Remise du Prix de la recherche coopérative et lancement des « Dialogues de la Recma »

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Voilà dix ans, le Prix de la recherche coopérative distinguait pour la première fois trois mémoires étudiant une coopérative. Une initiative portée alors par la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM), en lien avec la Recma, sur la base d’une analyse partagée : « La connaissance disponible sur la coopérative était insuffisamment diffusée dans l’enseignement supérieur, et peu sollicitée – tant de la part des étudiants que des enseignants », se souvient Gérard Leseul, un des initiateurs de la réflexion côté CNCM, également administrateur de la revue. « Des efforts importants avaient été réalisés dans le primaire et le secondaire avec des initiatives comme les Cahiers pédagogiques de la coopération, largement écrits par Jean-François Draperi, poursuit-il. Néanmoins, dans le milieu de l’enseignement supérieur et de la recherche, le champ coopératif n’était pas suffisamment repéré et investi, et la curiosité semblait plutôt se renouveler sur les notions d’entrepreneuriat social, d’entreprise sociale et d’économie solidaire, alors en émergence ».
C’est ainsi que naissait le Prix de la recherche coopérative pour stimuler et renouveler la pensée dans ce domaine à l’échelon du master car, dans la tradition universitaire française, un doctorat suppose une réflexion amorcée à bac + 5. La remise des prix de cette 10 e édition, organisée le 18 mars à la CNCM, à Paris, par Étienne Pflimlin, président d’honneur de cette instance, a mis en lumière la vitalité de la réflexion des plus jeunes. Jean-François Draperi, rédacteur en chef de la Recma, a dressé un panorama des avancées de la recherche sur les coopératives au cours des dernières décennies, tout en remarquant l’absence d’une théorie générale, ce qui offre aux candidats un passionnant terrain à défricher dans les années à venir.

Encourager trois lauréats et différents types d’étude
La révélation du classement des trois finalistes retenus par le jury – composé principalement des membres du comité de rédaction de la Recma – a offert à chaque lauréat la possibilité de prendre la parole. Jules Colombo, titulaire d’un diplôme d’ingénieur en sciences de l’agriculture (École nationale supérieure des sciences agronomiques de Bordeaux Aquitaine) et 1 er prix, a présenté son mémoire : « Proposition d’un référentiel d’indicateurs propres à l’évaluation des performances économiques et financières des groupes coopératifs agricoles ». Son étude, conduite au sein de l’Association nationale de révision (ANR) des coopératives agricoles et en collaboration avec le Haut Conseil de la coopération agricole (HCCA), en suscitera d’autres dans les années à venir pour compléter et affiner les indicateurs retenus, notamment en proposant des indicateurs de gouvernance. Deuxième lauréate, Mathilde Sihr, diplômée d’un master d’économie sociale et solidaire (université Lumière Lyon-2) a pu présenter son mémoire, « Les manifestions de la participation des sociétaires dans les Scic (société coopérative d’intérêt collectif) », mais aussi son intérêt pour les questions touchant à la gouvernance et au multisociétariat. Son terrain portait sur Enercoop Rhône Alpes, coopérative d’énergie, où elle a interrogé par questionnaire 400 associés de la Scic, listant les facteurs susceptibles d’influencer leur participation.
Emmanuelle Queyroy, titulaire d’un master de management des organisations (IAE Paris), a remporté le 3 e prix. Son mémoire, « Le groupement d’employeurs, un outil structurant au service d’un projet d’ESS ? », réalisé dans le domaine du spectacle vivant, montre comment le groupement d’employeurs, en tant qu’outil incarnant les principes d’économie sociale et solidaire dans sa forme, son fonctionnement et son objet, peut jouer un rôle à la fois structurant et innovant pour l’emploi dans le secteur culturel en renforçant la coopération entre les acteurs.
Des matinales avec des chercheurs

Cette confrontation orale avec un « vrai » auditoire est évidemment marquante pour des étudiants et lauréats, mais elle demeure un moment important pour un chercheur tout au long de sa carrière. Échanger avec ses pairs, mais aussi des acteurs susceptibles de s’approprier ses apports, de les questionner et critiquer éventuellement, est essentiel. C’est dans cette perspective que la Recma a lancé fin 2018 une série de rencontres, les « Dialogues de la Recma ». Ces matinales permettent à un auteur ayant publié un article dans la revue d’aller au-delà d’une communication écrite en engageant un dialogue oral avec les participants – lecteurs, amis de la revue ou acteurs curieux – à l’occasion d’un petit-déjeuner. Ce format original, animé par Jean-François Draperi, a fait ses preuves. Le 6 novembre, les « Dialogues » ont permis d’éclairer la question « Que nous dit la recherche sur la coopérative d’activités et d’emploi (CAE) ? », en présence de Stéphane Veyer et Joseph Sangiorgio (Scop Coopaname). En arrivant, ils pensaient clore leur réflexion et leur série d’action-recherche sur la CAE avec l’article publié dans le numéro 350 de la Recma, et ils sont repartis avec de nouvelles perspectives.

Le 6 février 2019, c’était au tour de Cécile Le Corroller (Normandie université, CNRS, Crem) de présenter, cartes à l’appui, son étude sur l’ancrage territorial de l’ESS, en montrant que, sur les quatre modèles ayant vu le jour au XIX e siècle, un seul n’a pas perduré, suscitant de nombreuses questions d’autres chercheurs et acteurs de l’ESS venus assister à cette présentation. Le 21 mars, René Mauget (Essec-Imia) était présent pour parler des coopératives agricoles et de leurs filiales en droit commercial dans une perspective « Gouvernance et ESS », avec une présentation par Étienne Pflimlin du guide publié par le groupe « Coopératives et mutuelles » de l’Institut français des administrateurs. Encore une fois, la possibilité de poser des questions, de s’approprier des savoirs au-delà de la lecture d’un article scientifique en s’adressant directement à son auteur, ainsi que la possibilité pour celui-ci de sortir de son laboratoire ou université pour exposer de vive voix ce qui lui tient à cœur, a constitué la clé du succès.

Lisa Telfizian