Passage de témoin à la présidence de la Mutualité française

Etienne Caniard, président de la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF) depuis 2010, a cédé la place à Thierry Beaudet, élu pour un mandat de cinq ans par l’assemblée générale du 23 juin 2016.
Seul candidat en lice, celui-ci a recueilli 86,93 % des suffrages. Thierry Beaudet est président du groupe MGEN depuis 2009 et président-­cofondateur de l’union mutualiste de groupe (UMG) Istya, créée en 2011, en rapprochement avec d’autres mutuelles de la fonction publique.
Rappelons que, depuis l’élection en 1950 de Jack Senet, président de la Mutuelle générale des PTT, la FNMF a été constamment dirigée par un président issu d’une mutuelle de la fonction publique. Etienne Caniard lui-
même a présidé la Mutuelle des agents des impôts (MAI) de 1990 à 2000.
A l’opposé de cette continuité, l’élection du nouveau président a été précédée par une modification statutaire inédite, votée lors du Congrès de Nantes, en juin 2015 : la possibilité de cumuler deux mandats, celui de président de la mutuelle d’origine et celui de président de la fédération nationale, ce qui permet à Thierry Beaudet de rester président du groupe MGEN. Devant la perspective d’un nouvel élargissement devant donner prochainement naissance au groupe MGEN-Istya-Harmonie, appelé à devenir le premier groupe mutualiste de protection sociale en France, les responsables d’organisations plus modestes ont pu craindre que la double casquette présidentielle ne favorise l’emprise des mutuelles ­supernovas sur la fédération.

Cette ­d isposition intervient sur fond de réorganisation des services fédéraux... et d’une baisse programmée de la cotisation fédérale due par les organismes adhérents. Dans ce contexte, une redéfinition générale des missions de la FNMF est à prévoir. La fédération compte actuellement 426 mutuelles, rassemblant 18 millions d’adhérents. Les deux tiers d’entre elles sont des mutuelles indépendantes, le dernier tiers étant constitué de mutuelles qui dépendent de mutuelles-assurances ou de groupes de protection sociale.
Durant le mandat du président Etienne Caniard, le monde mutualiste a dû faire face aux bouleversements majeurs qui lui ont été imposés : durcissement de la fiscalité, mise en place de l’ANI (accord national interprofessionnel), nouvelles contraintes prudentielles avec la mise en œuvre de Solvabilité II. Sans compter l’obligation de s’adapter à une pléthore de nouveaux dispositifs trop souvent décidés sans concertation suffisante avec les principaux acteurs de la protection sociale, à commencer par la Mutualité. La besace du nouveau président est donc bien chargée, et le moindre des défis ne sera pas celui-ci, énoncé par son prédécesseur : « Dépasser les logiques d’entre­prise pas toujours en phase avec l’intérêt général et les valeurs ­mutualistes (Newsletter de la Mutualité française, 20 juin 2016.) . »


Patricia toucas-Truyen