Lur Berri : une coopérative agricole qui semble avoir échappé au contrôle des agriculteurs

Michel Abhervé poursuit sa réflexion sur le contrôle des groupes coopératifs, en l'occurence le sens de l’implication de la coopérative agricole basque Lur Berri dans cette affaire de lasagne pur boeuf à la viande de cheval. 

Pour le momemnt, les médias se focalisent sur l’invraisemblable chemin, réel et virtuel, de la viande, et en France ne dépassent que rarement l’entreprise Spanghero à Castelnaudary. Celle-ci, sur son site, ne mentionne pas sur son appartenance au groupe coopératif Lur Berri

Mais des interrogations se font jour sur le sens de l’investissement d’une coopérative, dont les acquisitions sont nombreuses et importantes, comme nous le rappelle LSA.fr, affirmant sur son site vouloir “valoriser les atouts de son terroir et le savoir faire reconnu des 5 000 agriculteurs qui adhérent à ces valeurs” dans une société qui développe une activité de négoce de viande, sans aucun lien avec les productions de ses adhérents

Parmi ces réactions vient en bonne place celle de la CFDT. Sauveur Bacho secrétaire du syndicat Cfdt de l’Agro-alimentaire du Pays Basque, affirme dans Sud-Ouest ”les agriculteurs et salariés de Lur Berri sont pour une agriculture locale respectueuse du consommateur” et poursuit en interrogeant avec pertinence sur le fonctionnement coopératif ”En théorie, ce sont les agriculteurs qui dirigent Lur Berri. Mais l’expansion de cette coopérative les a dépossédés de cette fonction. Il est temps qu’ils reprennent le contrôle. Ce qui se passe est grave. On peine à comprendre comment il est possible de ne pas contrôler ce que l’on achète”

On comprend d’autant mieux cette réaction quand on se souvient que ce syndicat est en pointe dans un conflit assez dur avec cette entreprise, comme le rapportent Le Journal du Pays Basque et EITB.com, à propos de la prime d’intéressement, avec une somme de décisions de justice, ce qui les conduisait à déclarer ”Nous avons été aussi particulièrement choqués qu’au moment où Lur Berri nous menaçait d’exécution forcée, au moment ou elle fait des retenues sur salaires, le Conseil d’administration s’envole pour un séjour au Brésil”.

Et il est probable que nous allons voir réapparaitre une affaire qui commence à dater, mais pourrait, vu le contexte, retrouver une certaine actualité. Cette coopérative avait en effet, selon La France agricole, en 2007, voulu commercialiser des semences de maïs OGM, avant de devoir renoncer, vu l’ampleur des réactions. Pas sur que cela donne une image d’entreprise particulièrement attachée à la tracabilité des productions.

Benoît Hamon, dans sa responsabilité en matière de consommation (voir ESS et consommation : juxtaposition ou complémentarité ?), est confronté dans l’urgence à la question alimentaire. Nul doute qu’après le plus aigu de cette crise, il s’intéressera au volet coopératif et à la question du contrôle des filiales des groupes coopératifs que cet épisode a mis en évidence