Hamon défend les services publics face à la "Big Society" de Cameron

En visite à Londres jeudi 6 juin, le ministre de l’Economie sociale et solidaire, Benoît Hamon, y représentait fièrement la France au très select «Social Impact Investment Forum» organisé par le gouvernement de David Cameron, dans le cadre du G8 britannique. Un raout réunissant au somptueux siège européen de l’agence financière Bloomberg. [...] Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si le mouvement coopératif choisissait une salle des marchés high-tech de la Défense pour y organiser son congrès annuel. Un article de Christophe Alix pour Libération

C’est le Premier ministre conservateur en personne qui est venu inaugurer un événement calibré pile poil pour mettre en valeur son concept de «Big Society», dans lequel la société civile et le privé se substituent à l’Etat pour gérer des programmes sociaux et inventer un avenir à l’Etat-providence, à l’ère du désendettement public. [...]  

Dans cette ambiance très business as usual, orchestrée par des journalistes du Financial Times et de The Economist, Hamon a multiplié les rencontres en aparté et défendu sa vision - en français dans le texte - moins libérale de l’Economie sociale et solidaire (ESS). «Nos constats sur les besoins sont identiques, mais nos solutions différentes, a-t-il fait expliquer à son homologue britannique, Nick Hurd, secrétaire d’Etat à la société civile. Là où vous substituez à l’Etat le privé et la société civile pour prendre en charge les besoins sociaux, nous sommes dans la coproduction avec des acteurs privés, comme dans le développement des services à la petite enfance, en leur confiant la création d’un tiers des nouvelles places d’accueil.» Une philosophie résumée par la formule : «Pas forcément moins d’Etat, mais un meilleur Etat.» En insistant sur le fait que le privé ne doit pas remplacer les services publics, mais travailler de concert avec eux. Understood ? «Chacun sa voie, a poliment répondu Nick Hurd. L’important c’est que ça bouge.» 

Ce qui bouge le plus ces temps-ci en Angleterre, et même décoiffe au regard de l’approche française, c’est l’introduction des nouvelles social impact bonds (obligations à impact social), mises en place par la banque Big Society Capital. Cœur du réacteur du financement et du suivi de la kyrielle de programmes confiés aux entrepreneurs sociaux du privé (réinsertion des prisonniers, retour à l’emploi, lutte contre l’échec scolaire, etc.), cet établissement privé propose des produits financiers dont la rentabilité est indexée sur leur rendement social.

C’est le cas dans la prison de Peterborough, dans l’est de l’Angleterre, où le financement de la lutte contre la récidive a bénéficié de cette inédite «finance sociale». Assuré par une entreprise, ce programme rapportera un confortable retour sur investissement à ses souscripteurs (plus de 10% d’intérêts) dans le cas où son succès permettrait à l’Etat de faire l’économie de la construction d’un nouvel établissement. Dans le cas contraire, les sommes placées seront perdues.

Père de ce nouveau «capital-risque social» au Royaume-Uni, Sir Ronald Cohen, président de la Big Society Capital et fondateur du fonds Apax, a vanté l’attrait de ce modèle à Benoît Hamon, en lui assurant que l’Etat est très gagnant. «Ces social impact bonds sont rémunérés à hauteur du risque pris et l’Etat y trouve son compte. Il garde au final entre la moitié et les deux tiers des économies réalisées.» Après l’Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, ces placements, au nombre de douze aujourd’hui, sont à l’étude au Mozambique et au Pakistan. «Et en France, ce serait envisageable ?» teste Ronald Cohen auprès du ministre." [...]

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