1960-2010 : cinquante ans de fidélité à l’économie sociale ou les "virtuosités possibilistes"

Jean-Bernard Gins. Editions Sillages, 2011, 140 p.

Si l’économie sociale se doit de valoriser le collectif, la conviction et l’engagement individuels des dirigeants, qu’ils soient administrateurs (nécessairement militants) ou cadres salariés, sont des leviers essentiels de la dynamique des organisations. En témoigne l’itinéraire de Jean-Bernard Gins, jeune diplômé recruté à la fin des années 50 par le Crédit coopératif, où il effectuera toute sa carrière. Lorsque la fondation est créée en 1984, il en devient le secrétaire général, poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite. Dans ce petit ouvrage, il évoque ce temps où « la banque de l’économie sociale » n’était guère connue du public, bien que la Caisse centrale du Crédit coopératif ait été un acteur important du renouveau coopératif pendant la recons truction. Au cours des années 60, l’auteur a contribué au désenclavement du Crédit coopératif, autour duquel il s’est efforcé de tisser, avec les mutuelles assurances, les mutuelles santé et les associations, un véritable réseau de l’économie sociale, avant même que le terme ne soit exhumé par Henri Desroche. Rien d’étonnant, donc, à ce que ce rassembleur intuitif ait été l’un des fondateurs du Comité national de liaison des activités mutualistes, coopératives et associatives (Cnlamca), ancêtre du Ceges, en 1970.

Le lecteur éclairé sur l’économie sociale n’apprendra rien de nouveau sur les grands débats qui ont traversé le mouvement. Il y glanera, en revanche, des informations sur quelques épisodes méconnus de l’évolution des branches coopératives, comme le projet inabouti de mariage, en 1975, entre le Crédit coopératif et le Crédit mutuel. Un échec que l’auteur impute autant aux divergences idéologiques entre démocrates chrétiens et socialistes laïques qu’à des incompati bilités structurelles. J.-B. Gins montre également comment l’essor des coopératives commerciales – auquel a participé le Crédit coopératif à partir de 1962 – a pu constituer un frein au populisme poujadiste des petits détaillants, confrontés à l’apparition des grandes surfaces. Au détour d’une anecdote, il rappelle encore que l’image « socialisante » du Crédit coopératif a longtemps compliqué ses relations avec le CNPF.

Sont évoquées avec chaleur les grandes figures de Pierre Lacour et Henri Desroche. Jamais à court d’inventivité lexicale, celui-ci loua les « virtuosités possibilistes » de Jean-Bernard Gins ! Comme dans toute autobiographie, l’auteur règle parfois ses comptes, égratignant au passage quelques personnalités… Il ne nous appartient pas de juger du bien-fondé des stratégies mises en oeuvre, des satisfactions ou des regrets exprimés. Reste qu’au-delà de son utilité informative l’ouvrage sonne comme une ode au bonheur de travailler au service de l’économie sociale.

Patricia Toucas-Truyen