Rulescoop : un 12 ème colloque dédié à la qualité de vie au travail

Créé par un réseau d’universités européennes et latino-américaines intégrant des centres ou groupes de recherche dédiés à l’économie sociale, le réseau Rulescoop trouve son origine dans un projet ALFA II financé en 2002 par l’Union européenne. A l’époque, Rulescoop réunissait 12 universités pour développer les programmes de recherche et de formation en économie sociale et solidaire, plus particulièrement ceux centrées sur la compréhension des coopératives. Son premier colloque était organisé à Brest sous le titre « Les défis des organisations coopératives et mutualistes ».
Douze ans après, Brest recevait du 23 au 25 mai le 12e colloque de l’association, intitulé «L’économie sociale de deux côtés de l’Atlantique : qualité de vie au travail, développement durable et politiques publiques». L’occasion pour des universitaires d’Europe et d’Amérique latine, mais également pour des représentants institutionnels du secteur, d’échanger sur ces différentes thématiques. Plusieurs pays étaient représentés : Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Mexique et Uruguay, d’une part ; Belgique, Espagne, Finlande, France, Italie et Portugal, d’autre part.
Parmi les temps forts, on peut souligner les différentes communications abordant les effets de la loi Hamon sur l’ESS en France : les contributions de Michel Abhervé, professeur associé à l’université de Paris Est-Marne-La-Vallée, et de Marie-Martine Lips, présidente du Conseil national des Chambres régionales de l’économie sociale et solidaire (Cress) et de la Cress Bretagne, ont permis de souligner les paradoxes et les atouts d’une telle législation. Une analyse des nouveaux phénomènes d’autogestion a été proposée par Michela Giovannini (Centro de Estudos Sociais, Coimbra, Portugal) et Mario Radrigán (Ciescoop, Université de Santiago du Chili), portant sur les liens existants entre mouvements sociaux et mouvement coopératifs.

Une approche comparatiste des modèles d’insertion
Plusieurs échanges ont également été consacrés aux questions de genre au sein de l’économie sociale et solidaire. Ainsi, les participants ont pu mieux comprendre les freins à la représentation des femmes (María José Senent Vidal, Universitat Jaume I, Castellón, Espagne ; Amalia Rodríguez González et Soledad Fernández Sahagún, université de Valladolid, Espagne) ; s’intéresser aux modèles d’insertion en comparant les coopératives andalouses et l’économie solidaire au Brésil, de façon à mettre au jour les mécanismes de reproduction des discriminations mais également les opportunités offertes aux femmes pour la transformation des modèles de participation au sein de l’ESS (Daniela Ribeiro Coutinho, université de Valence, Espagne, et Antonia Sarjado Moreno, Institut universitaire Polibienestar, Espagne).
Les cadres juridiques et législatifs ont respectivement été discutés par Hagen Henry, de l’université d’Helsinki (Finlande), et Gemma Fajardo Garcia, de l’université de Valence. Gemma Fajardo Garcia a abouti à la conclusion suivante, sur la base d’une analyse comparative des différents corpus juridiques de définition de l’ESS en Europe et Amérique Latine : « Il n’y a pas de différences significatives entre l’économie sociale et solidaire de ces deux zones géographiques car dans les deux cas, l’ESS y est encadrée par des lois ». Une telle conclusion fait échos aux analyses de Hagen Henry, qui souligne : « En Europe, les entreprises coopératives, dont l ́objectif marie trois aspects (l ́économique, le social et le culturel), ont été quasiment alignées en droit sur le modèle des sociétés de capitaux, sous prétexte d ́appliquer le principe juridique du traitement égal des formes d ́entreprise. La conséquence en a été la disparition du droit coopératif entendu comme matière autonome avec ses propres principes, notions, règles et jurisprudence. »
Or, l’observation de nouveaux phénomènes tels que le mouvement d’autogestion et le regain d’intérêt pour les questions en lien avec l’ESS poussent à réfléchir à l’élaboration d’un nouveau droit coopératif indépendant. À ce titre, le colloque Rulescoop a été l’occasion non seulement de revisiter certaines questions classiques (gouvernance, maintien du modèle, etc.) mais aussi de centrer les débats sur le mouvement coopératif (éducation coopérative, impact social, etc.) et ses organisations qui offrent un cadre différent pour la participation de leurs membres et améliorent la qualité de vie au travail ainsi que la création de valeur économique et sociale. Pour terminer, les trois conférences plénières animées respectivement par Jean-François Draperi, directeur du Cestes et rédacteur en chef de la Recma, Michel Jezequel et Marie-Martine Lips ont été l’occasion de questionner le positionnement de l’action sociale et de l’ESS, de revisiter la spécificité des coopératives et de s’interroger sur la difficulté de la quantification et les enjeux de la « labélisation » des entreprises.
La prochaine rencontre du réseau aura lieu au Mexique, à l’université de Querétaro, fin 2019.

Jorge Munoz