Les Dialogues de la Recma consacrés à la microfinance au Maroc

Le 23 janvier, c’est autour d’Asmae Diani, professeure à l’université Sidi Mohamed Ben Abdellas de Fès et auteure de l’article « Logique d’acteurs et régulation dans le champ de la microfinance au Maroc : vers une commercialisation croissante » paru dans le dossier L’ESS au Maghreb du numéro 354 de la revue, que se sont déroulés les Dialogues de la Recma. L’événement était organisé à Paris, à la Confédération nationale du Crédit mutuel, et a permis de mieux découvrir plusieurs aspects de la microfinance marocaine.
Cette activité de prêt, qui vise à rendre possible le financement de petits projets portés par des personnes marginalisées n’ayant pas accès aux services bancaires classiques, a connu une bipolarisation au Maroc dans les années 1990 en même temps qu’un fort essor. D’un côté, de petites associations redistribuent des subventions (octroyées par des ONG le plus souvent) sous forme de prêts de faible montant (environ 50 euros), reposant sur des mécanismes solidaires (c’est-à-dire que la défaillance éventuelle à rembourser d’un emprunteur est couverte par le groupe). De l’autre côté, de grosses associations telles que Zakoura ou Al Amana, qui font aujourd’hui partie du top 10 mondial des institutions de microcrédit, se sont développées pour distribuer des enveloppes plus importantes (comme les 2 millions de dollar du projet Microstart des Nations Unies en 1998), avec des représentants de l’Etat au conseil d’administration pour veiller au bon déroulement de l’attribution de ces prêts. Ces grosses institutions de microcrédit, toutefois, participent d’un phénomène de désolidarisation des prêts lorsqu’elles délaissent le prêt solidaire pour le prêt individuel, adossé à une garantie matérielle, un bien de l’emprunteur. Quant aux prêts, ils sont parfois attribués pour des projets d’équipement, ne concourant plus dès lors à l’émancipation des plus pauvres.
Aujourd’hui, au Maroc, 13 associations dont 4 très grosses détiennent 94% des clients et 90% de l’en cours, le risque étant une disparition des plus petites et de leur modèle, par un phénomène de concentration. Ces petites structures se sont toutefois regroupées pour obtenir une loi spécifique aux petites institutions de microcrédit. Par sa connaissance fine du terrain, Asmae Diani a permis aux personnes présentes de ressentir de manière très concrète et vivante les activités de ces structures, les attentes des habitants du Maroc. Notons que Jean-François Draperi, rédacteur en chef, lui a proposé à l’issue de cette rencontre de devenir correspondante de la Recma au Maroc, ce qu’elle a accepté. Merci Asmae Diani.
Les prochains Dialogues de la Recma ? En raison du confinement, ils se dérouleront en ligne, par webinaire. Charlotte Siney-Lange, auteure d’un article expliquant le rôle de la mutualité dans l’émancipation des femmes, « La prise en compte des besoins des femmes dans le cadre mutualiste (19 ème -20 ème siècles) »,  paru dans le numéro 355 de janvier, en sera l’invitée le 14 avril.

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