"Les coopératives agricoles ont grandi à l'abri de la financiarisation"

Riche interview du président de Coop de France par Julie Chauveau pour les Echos du 27/05/2013 qui revient sur l'affaire Spanghero-Lur Berri et plus généralement la gouvernance des coopératives agricoles.

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"Lorsqu'une coopérative est actionnaire majoritaire d'une société, la présentation des comptes aux adhérents est exigée. Mais pas si elle n'en détient que 20 % ou 30 %. Est-ce acceptable aujourd'hui ? Qui est habilité à définir le projet des filiales de droit privé ? Est-ce la responsabilité du conseil d'administration de la coopérative ? Ou celle de la filiale elle-même ? Ces questions se posent avec d'autant plus d'acuité que, depuis quelques années, les coopératives rachètent de très grosses entreprises privées.

[...] L'objectif est de s'assurer que le conseil d'administration de la société coopérative et ses adhérents sont correctement informés de la situation de filiales.

[...] Les administrateurs d'une coopérative doivent être systématiquement membres du conseil d'administration des filiales. Nous devons aussi travailler sur la rémunération des dirigeants et des membres de la coopérative qui ont une fonction. Dans le secteur privé, ces sujets font l'objet d'un vote du conseil d'administration et d'une publication devant l'assemblée générale. Chez nous, le sujet est un peu tabou. Alors même que nos dirigeants sont moins bien payés que ceux du privé. Coop de France est favorable à la mise en place de comités de rémunération composés d'élus et de personnalités extérieures chargés de contrôler et de rendre compte de la rémunération des cadres dirigeants en assemblée générale. Cela rassurerait tout le monde.

Faut-il envisager la rémunération des actionnaires agriculteurs ?

Une chose est sûre : le capital social ne doit absolument pas devenir un élément de rémunération pour les agriculteurs. La fonction principale de la coopérative est d'assurer la commercialisation ou la transformation de ce que cultivent les agriculteurs. Son job est de payer le mieux possible le lait ou la viande. En revanche, il devient nécessaire de réfléchir à la manière d'intéresser les exploitants à la rentabilité des filiales. Elles sont peu redistributrices et nous sentons de plus en plus un mouvement de frustration de la part de certains adhérents.

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