Pour en finir avec le sexisme dans l’ESS ?

Plus militant et radical, un livre (Fabriquer l’égalité. Manifeste pour en finir avec le sexisme dans l’économie sociale et solidaire, coordonné par Catherine Bodet, Éd. de l’Atelier, 109 pages, 10 euros. Voir http://manufacture.coop/se-mobiliser-avec-manifeste-fabriquer-egalite/) soutenu par le CNcress et porté par la Manufacture coopérative (laboratoire d’idées dévolu à la coopération et à l’accompagnement des collectifs), coordonné par Catherine Bodet, propose une déconstruction des représentations sur le sexe social (le genre) et y parvient plutôt bien. Après un état des lieux (issu d’une recherche-action) qui rappelle sans complaisance que le principe « un homme égale une voix » n’est pas forcément facilitateur d’égalité (« Paradoxalement, les valeurs affichées par les associations, les ONG, les mutuelles et les coopératives accentuent le déni des inégalités [car] “les valeurs d’égalité et de solidarité, c’est dans nos gènes”, considèrent certains »), l’ouvrage propose un « manifeste féministe » basé sur le pouvoir d’agir des femmes.
Parmi les pistes esquissées : former des collectifs féminins non mixtes pour libérer la parole au sein des organisations, créer des solidarités et des réseaux féminins informels dans les collectifs de travail pour mettre plus facilement un terme aux blagues sexistes, à la parole coupée en réunion, au plafond de verre, à l’absence d’objectifs de parité. Les pistes proposées sont nombreuses et le livre a l’honnêteté de mettre en garde : le militantisme féministe peut aussi conduire à la stigmatisation des femmes qui s’y engagent et à leur burn-out. À chacune et à chacun de s’inspirer de l’ouvrage qui mêle habilement théorie et pratique et évite de façon bienvenue la surcharge de statistiques, pour amorcer le dialogue avec ses proches et ses collègues ou s’interroger soi-même.

À noter : chaque chapitre est rédigé dans une forme d’écriture susceptible de mieux refléter cette égalité – utiliser la double flexion totale (« les participants et les participantes ») et l’accord de proximité ; privilégier les tournures épicènes ( « les personnes participantes ») ; employer le féminin quand la notion évoquée concerne principalement des femmes ; utiliser le neutre proposé par la Grammaire du français inclusif (« les personnes privilégiæs ») ; s’inspirer de la langue québécoise et de ses innovations décomplexées... Un petit livre précis et vif, qui devrait être lu également lorsqu’on n’appartient pas au secteur de l’ESS et de ses organisations !