Mémoires d’un goujat, de Laurent Lasne

Toute la Recma

  • 2010
    • 2018
    • 2017
    • 2016
    • 2015
    • 2014
    • 2013
    • 2012
    • 2011
    • 2010
  • 2000
    • 2009
    • 2008
    • 2007
    • 2006
    • 2005
    • 2004
    • 2003
    • 2002
    • 2001
    • 2000
  • 1990
    • 1999
    • 1998
    • 1997
    • 1996
    • 1995
    • 1994
    • 1993
    • 1992
    • 1991
    • 1990
  • 1980
    • 1989
    • 1988
    • 1987
    • 1986
    • 1985
    • 1984
    • 1983
    • 1982
    • 1981
    • 1980
  • 1970
    • 1979
    • 1978
    • 1977
    • 1976
    • 1975
    • 1974
    • 1973
    • 1972
    • 1971
    • 1970
  • 1960
    • 1969
    • 1968
    • 1967
    • 1966
    • 1965
    • 1964
    • 1963
    • 1962
    • 1961
    • 1960
  • 1950
    • 1959
    • 1958
    • 1957
    • 1956
    • 1955
    • 1954
    • 1953
    • 1952
    • 1951
    • 1950
  • 1940
    • 1949
    • 1948
    • 1947
    • 1946
    • 1945
    • 1944
    • 1943
    • 1942
    • 1941
    • 1940
  • 1930
    • 1939
    • 1938
    • 1937
    • 1936
    • 1935
    • 1934
    • 1933
    • 1932
    • 1931
    • 1930
  • 1920
    • 1929
    • 1928
    • 1927
    • 1926
    • 1925
    • 1924
    • 1923
    • 1922
    • 1921
    • 1920

Laurent Lasne. Le Tiers Livre, Paris, 2011, 212 p.

Qui se souvient du Limousin Antoine Cohadon ? Du jeune « goujat » (apprenti du bâtiment) monté à Paris en 1840 au doyen respecté disparu en 1910, Laurent Lasne nous retrace l’itinéraire de ce militant injustement méconnu, eu égard à la constance de son engagement. Au cours de sa longue vie, ce maçon creusois aura été de tous les bons coups coopératifs, tout en prenant part aux grandes luttes sociales qui ont jalonné le destin des ouvriers parisiens du XIXe siècle.

Antoine Cohadon appartient résolument à cette jeunesse de 1848 portée par les espérances associationnistes qu’exprime le décret inaugural de la IIe République : « Les ouvriers doivent s’associer entre eux pour jouir du bénéfice légitime de leur travail. » S’ensuit une floraison d’associations, parmi lesquelles celle des maçons, dont Antoine Cohadon et Martin Nadaud furent les initiateurs. En 1862, Antoine fait partie du convoi des deux cents ouvriers autorisés par Napoléon III à se rendre à l’Exposition universelle de Londres. En 1863, il participe à la fondation du Crédit au travail ; quelques années plus tard, en 1868, il soutient le projet de l’Epargne immobilière pour construire des logements à bon marché. Entre-temps, il aura contribué à l’essor des coopératives de consommation parisiennes. Gardien vigilant et vertueux de la conduite coopérative, il transmet aux nouvelles générations un Guide de l’association à l’usage du jeune ouvrier. Quelques années avant sa mort, il accède à la présidence du journal L’Association ouvrière.

Bien plus qu’une simple biographie, ce récit chaleureux met en scène le peuple des ateliers parisiens et fait revivre, aux côtés d’Antoine Cohadon, les grandes figures de la coopération du XIXe siècle : Martin Nadaud tout d’abord, le député maçon, mais surtout le compatriote limousin et l’ami de toute une vie ; et aussi, pour n’en citer que quelques-uns, Philippe Buchez, Jeanne Deroin, Flora Tristan, Jules et Pierre Leroux, Jean-Pierre Beluze…, sans compter les Saint-Simon, Fourier, Cabet et autres théoriciens et expérimentateurs géniaux, qui font l’objet d’un rappel tonique dans la première partie de l’ouvrage.

Laurent Lasne est indéniablement un conteur talentueux, mais derrière la plaisante légèreté du style et l’adresse au lecteur volontiers familière, c’est de l’histoire rigoureuse et renseignée qu’il nous livre. Un seul regret, en forme de suggestion, à soumettre à l’auteur-éditeur : la mention des sources consultées aurait été utile pour un lecteur désireux d’approfondir ces informations. Reste que cette belle geste coopérative, qui nous parle de dignité ouvrière et de solidarité, nous convainc sans peine de l’inaltérable modernité du projet coopératif.

Patricia Toucas-Truyen