L'économie populaire et solidaire dans la constitution équatorienne

Lors de la 6ème Rencontre des acteurs de la coopération et du développement durable : Économie sociale et solidaire (ESS) et coopération décentralisée, a été évoquée la nécessité de considérer dans les actions de promotion économique des indicateurs de “bien être”, ainsi que le rôle d'intermédiaire des ONG (un article d'Edith Guiochon sur Solidaires du monde). L’accent a été mis sur la nécessité d’un changement de paradigme de la coopération: “laisser la concurrence pour passer à la coopération”, fondamental pour le développement économique et fondamentale comme principe de l’ESS. Le grand témoin de la rencontre, Madelein Hersent (directrice de l'Agence pour le développement de l'économie locale Adel-France), a donné alors l’exemple de la Constitution Equatorienne qui inclut la considération du bien-être dans les indicateurs de développement social et économique.

En effet, la Constitution équatorienne de 2008 donne une place centrale à l’économie populaire et solidaire (EPS), ainsi qu’aux principes de solidarité, participation, et réciprocité. L’article 283 de la Constitution en donne une définition large, renvoyant à une vision qui traverse l’ensemble du système économique et social à construire, axée sur le Buen Vivir (en espagnol) ou le Sumak Kawsay (en quechua).

Les acteurs de l’ESS dans les pays en développement sont des acteurs créateurs d’un tissu pouvant changer le paysage économique, par leur origine locale, leur effet sur l’emploi. De nombreuses actions d’ESS au Sud ont réussi à abandonner la vision de la concurrence pour se rapprocher de la collaboration et devenir un levier d'émancipation.

Plus concrètement, l’EPS en Équateur représente environ 50% des emplois; pouvant être tantôt informels, tantôt formels ; mais mettant tous en avant la valorisation du travail avec l’Homme au centre de l’activité, et une logique réciprocitaire des actions.

 

En effet, les activités d’Economie Populaire et Solidaire sont fortement ancrées sur un territoire local et se réalisent souvent dans une communauté précise. Ce sont souvent des micro-initiatives d’individus et de familles cherchant à produire des biens et services pour leur autosubsistance, et répondre à leurs besoins de première nécessité (s’alimenter, se loger, se vêtir, etc.). Beaucoup sont de petits artisans et commerçants qui vendent leurs biens et services dans les rues ou pour le marché. On trouve aussi des milliers de “cajas”, caisses d’épargne et de crédit, et de banques communales, souvent en milieu rural, et à 90% contrôlées par des femmes.

Malgré le fait que l’Economie Populaire (EP) soit reconnue comme étant à la base de l’ESS, elle reste souvent ignorée ou négligée. Mais même si elle n’est pas automatiquement solidaire, elle est appelée à le devenir (en Equateur, en principe par le biais de politiques publiques de soutien à l’économie populaire). En outre, une partie de l’EPS est déjà solidaire parce qu’elle bénéficie du support d’associations qui permettent de sortir du “travail au noir” individuel et de tendre à produire, financer, consommer et consommer solidairement, pour le Buen Vivir.

L'ONG Creando Futuro soutient le développement de micro-entreprises, portées par des femmes au foyer, des jeunes handicapés et des agriculteurs vivant en zone rurale.

L’objectif actuel des politiques favorisant l’EPS est de permettre aux individus et familles d’avoir la possibilité d’entrer dans un système de coopération, d’association et d’obtenir ainsi une option de développement supplémentaire à partir de micro initiatives, les plus locales possibles. Dans le cadre des activités de ses partenaires locaux, Une Option de Plus contribue au discours de l’ESS sur les thématiques d’émancipation et de promotion socio-économique, au travers d’actions locales au bénéfice de l’intégration de populations en situation de vulnérabilité, et d’initiatives locales d’échanges, de formation et de collaboration.