ICA CCR Europe 2021 : un colloque dense et programmatique pour la coopération

L’ICA CCR (3) Europe 2021 – le colloque annuel Recherche de la section européenne de l’Alliance coopérative internationale – s’est tenu en distanciel du 7 au 9 juillet sous l’égide d’AgroParisTech, de l’Inrae et de Coop FR. Consacré aux « Coopératives en transition face aux crises », il a réuni plus de 160 participants, avec 80 contributions en provenance de 26 pays.
Cette édition 2021 a célébré le centenaire de la Recma. Une table ronde a ainsi associé plusieurs revues internationales de l’ESS pour  échanger sur les liens entre l’enseignement et la recherche, et sur leur rôle auprès des acteurs des mouvements de l’ESS. Réunis autour de Jean-François Draperi, rédacteur en chef de la Recma, Rafael Chavez pour l’IUDESCOOP et le Ciriec (Espagne), Hagen Henrÿ pour le Journal international du droit coopératif et Roger Spear pour le comité scientifique du Ciriec et le réseau de recherche Emes sur l’entreprise sociale, ont présenté les caracté- ristiques et les enjeux de leurs projets éditoriaux. Ils ont ainsi pu débattre de la capacité de « régénérescence » des coopératives face aux nouveaux défis en vue de la « construction d’un imaginaire social scientifique », selon l’expression de Rafael Chavez, et du rôle joué par les chercheurs et les revues dans cette construction. La Recma a édité à cette occasion un numéro spécial en anglais.

La Recma, les mouvements et les jeunes chercheurs à l’honneur
Le deuxième apport de cette édition 2021 est d’avoir souligné la nécessité de renforcer les liens entre les chercheurs, d’une part, et les acteurs des mouvements et les institutions publiques, d’autre part, afin de gagner en efficacité dans la mise en œuvre de solutions coopératives. Ce point a constitué le fil rouge non seulement des sessions académiques, mais également de la table ronde organisée par Coopératives Europe. Cette dernière abordait le thème de la « solution coopérative » avec Jean-Louis Bancel, président de Coopératives Europe et de Coop FR, Susanne Westhausen, directrice de Kooperationen, Mathias Fiedler, président d’Eurocoop, Umberto Di Pasquo, conseiller politique Cogeca, Louis Cousin, doctorant à l’université Laval, au Québec, et Agnès Mathis, directrice de Coopératives Europe. La richesse des débats a permis de souligner la diversité des initiatives coopératives européennes en matière de transitions. Cette nécessité a constitué le point d’orgue de la session de clôture avec Gilles Trystram, directeur d’AgroParisTech, et Jérôme Saddier, président d’ESS France et vice-président de Social Economy Europe. Leurs messages ont convergé pour insister sur la responsabilité – pour les chercheurs comme pour les praticiens – de travailler de concert afin de créer des solutions plus solidaires et inclusives. Grâce à l’organisation en distanciel, les sessions destinées aux jeunes chercheurs ont été un temps fort du colloque. Ces derniers  ont pu bénéficier d’une séance sur l’aide à la publication avec Jos Bijman (université de Wageningen), puis expérimenter les dernières avancées en matière de méthode de recherche participative autour de la Théorie U avec Constantine Iliopoulos et Irini Theodorakopoulou (Grèce), qui permet de cocréer des solutions au sein de collectifs  d’acteurs. L’enthousiasme des participants a permis d’instaurer un dialogue stimulant.L’édition 2021 a également honoré deux membres de la communauté de recherche européenne sur les coopératives. Tout d’abord, un prix a été attribué à Carlo Borzaga pour son travail à la tête de l’Euricse (European Research Institute on Cooperative and Social Enterprises) et sa contribution essentielle à la caractérisation et à la prise en compte statistique des entreprises sociales au niveau international. Ensuite, un hommage émouvant a été rendu à Johnston Birchall, disparu en juin 2021, pour son parcours et son action significative au sein de la section anglaise de l’Alliance coopérative internationale.

Des avancées scientifiques sur la résilience des coopératives
Enfin, et comme dans toute conférence de recherche, les échanges ont permis de faire le point sur les avancées scientifiques et l’état des débats sur le sujet. L’édition 2021 a apporté différents éclairages sur la façon dont les coopératives ont répondu et répondent aux crises, aux défaillances des marchés ou à celles des autorités publiques, en particulier en cette situation de pandémie.  Leurs actions pour faire face à l’accroissement des inégalités demeurent cruciales. Devoir proposer de nouvelles réponses solidaires les oblige à se réinventer. Les coopératives, d’une part, ont apporté des contributions dans de nouveaux domaines : le numérique (par exemple, les réflexions sur les plateformes collaboratives), la santé (les nouveaux services à la personne), la prise en considération de la durabilité ou encore l’inclusion (les coopératives de travailleurs, notamment). D’autre part, elles ont adapté leurs structures en développant des innovations organisationnelles et sociales et en diversifiant leurs formes (ex-coopératives de production, Cuma, etc.). Enfin, elles ont fait évoluer leur gouvernance pour prendre en compte les nouvelles aspirations de leurs membres.
Les termes d’hybridation, d’action collective et de nouveau coopérativisme ont ainsi irrigué  les débats. Tine de Moore (de la Rotterdam School of Management) a remarquablement développé son analyse de la résilience des coopératives, des effets positifs du modèle coopératif et des opportunités qu’il représente en temps de pandémie, avant de souligner les apports potentiels de ce modèle en termes de démocratie. Elle a insisté sur le besoin de s’ouvrir à toute la communauté, de s’adapter aux transformations sociétales et aux changements à l’œuvre chez l’« homo coopératif », qui correspondent à de nouvelles formes d’action collective. Ces perspectives brillamment exposées offrent matière à réflexion sur les changements organisationnels mais aussi législatifs nécessaires pour que les coopératives continuent à réinventer leurs réponses aux nouveaux besoins et aux défis internationaux.
De même, André Torre (directeur de recherche à l’Inra) est intervenu de façon très pédagogique sur le thème du développement territorial durable, qui est affaire de coopération. Il a particulièrement souligné la nécessité de repenser les processus de développement au niveau des territoires comme socles d’action et de prise en compte des aspirations sociétales en matière d’emploi et de revenus, mais aussi d’alimentation, de préservation de l’environnement et d’inclusion. Dans cette perspective, les coopératives, avec leur modèle démocratique et humain, ont un rôle primordial à jouer.
Ainsi, l’ICA CCR Europe 2021 atteste d’évolutions positives mais les chercheurs et les acteurs des mouvements et des institutions publiques doivent encore renforcer leurs collaborations. Comme l’a parfaitement souligné le grand témoin de l’événement, Roger Spear, il s’agit là d’un enjeu essentiel. La mobilisation effective des chercheurs etdes praticiens, ainsi que les échanges initiés durant le colloque, devraient aider à avancer sur cette voie. Un grand merci à Coop.FR, instance organisatrice de cette édition. Grâce à l’ERSA, l’intégralité des présentations a été enregistrée (http://www.icaccr2021.eu/).
Remerciements à tous, longue vie à la Recma et vœux coopératifs pour chacun ! Au plaisir de vous retrouver à Athènes pour ICA CCR Europe 2022.

Maryline Filippi

(3) International Cooperative Alliance Committee on Cooperative Research