Droit coopératif, es-tu là ?
Numero de revue : 317 Année de publication : 2010 Auteurs : Laurent Gros et Caroline Naett
L’environnement juridique français des sociétés coopératives est aujourd’hui l’un des plus fragmentés et segmentés d’Europe et du monde. Cette même dispersion est observée dans l’organisation institutionnelle de la coopération et n’est pas sans conséquence pour le praticien : tiraillé entre le besoin de développer les activités de la coopération et la volonté de représenter au mieux les spécificités d’un modèle auquel il est profondément attaché, il n’a pas toujours les marges de manoeuvre suffisantes, ni les ressources nécessaires pour mener à terme ses projets. Les auteurs établissent ainsi un diagnostic visant, d’une part, à relever les apories de la législation coopérative et, d’autre part, à faire le bilan des forces et des faiblesses du mouvement coopératif. En contrepoint de cette analyse, ils tracent quelques lignes d’évolution possibles pour la coopération.
Militants de l’utopie ? Les Fouriéristes dans la seconde moitié du XIXe siècle
Bernard Desmars, Dijon, Les Presses du réel, 2010, 430 p.
Si l’œuvre de Charles Fourier a été beaucoup étudiée, notamment depuis deux décennies, celle du devenir de sa doctrine après sa mort en 1837 restait largement à découvrir. En ce domaine, trois hypothèses étaient suggérées de façon plus ou moins explicite par les historiens mais elles n’avaient guère été vérifiées. Comme de nombreux Saint-Simoniens, les Fouriéristes auraient renié leurs convictions et se seraient « adaptés » au capitalisme. Seconde possibilité, ils auraient tenté de concrétiser le fouriérisme dans des colonies icariennes, le plus souvent aux Etats-Unis, mais ces initiatives se seraient soldées par un échec. Ou enfin, ils auraient attendu, mais vainement, le Nouveau monde annoncé par les prophéties socialistes.
Politique de l’association
Jean-Louis Laville. Le Seuil, coll. « Economie humaine », janvier 2010, 354 p.
Le livre de Jean-Louis Laville se présente comme une étape. Produit d’une seule plume, il rassemble la pensée d’un auteur sur son objet principal d’investigation : l’économie solidaire. La clarté de l’exposé, la logique de l’enchaînement des idées et les synthèses esquissées en font une clef pour de nombreuses autres lectures.
Une histoire du fait associatif
Frédéric Le Play, une réforme sociale sous le Second Empire
Le nom de Frédéric Le Play est fréquemment associé à l’économie sociale sans que les raisons de cette association soient forcément bien connues, et si son rôle dans l’organisation des expositions universelles de 1855 et 1867 ainsi que dans la création de la Société d’économie sociale est notoire, son oeuvre scientifique reste, elle, peu exposée. Le remarquable travail d’historien que réalise Maguelone Nouvel permet de pallier ce manque de connaissances et de mesurer la portée des deux ouvrages majeurs de Le Play : Les ouvriers européens, en 1855, et La réforme sociale, en 1864. En précisant que la méthode leplaysienne passe par la multiplication des expériences, l’étude des conditions de prospérité des populations, l’énoncé des lois ou des principes que l’on peut tirer des faits, Maguelone Nouvel fait surgir l’originalité d’une pensée complexe, ses rapports à divers courants sociaux du xixe siècle et nous plonge au centre des débats et des controverses concernant la question sociale.
Pour la relance du musée Internet de la Mutualité française
La Mutualité française a, depuis janvier 2009, mis un terme aux missions de recherche et de développement de son musée Internet. L’explication fournie aux historiens chargés du travail de mémoire s’est circonscrite au seul argument de circonstance : « Compte tenu de la crise, nous n’avons pas les moyens pour développer le musée. »
Restituer à l’ESS sa mémoire
A l’heure où l’ESS connaît à la fois une forme de reconnaissance et un risque de division, qu’elle se penche sur sa mémoire apparaît non seulement comme utile, mais peut-être aussi comme nécessaire. Les fonds documentaires français relatifs à l’économie sociale et solidaire ont connu une histoire compliquée. Ceux relatifs à la coopération ont été réunis dans les années 70, puis divisés dans les années 90, pour devenir sinon inaccessibles, du moins difficilement consultables. Les fonds mutualistes ont bénéficié jusque récemment d’un traitement de faveur qui a permis l’expression de travaux remarquables, en particulier dans la collection "Racines mutualistes", mais subissent aujourd’hui un retrait regrettable (cf. A. Levesque, Recma, n° 285, juillet 2002, et B. Gibaud et P. Toucas dans le numéro 316). Les fonds associatifs sont dispersés. Reste un lieu qui a su maintenir une visibilité constante et récemment réunir les fonds les plus importants, comme ceux issus du grand mouvement de la coopération de consommation. Le Cedias est ce lieu.
La Société coopérative d'Intérêt collectif: du compromis à la dispersion, Par Clémentine Iannone
INTRODUCTION
La Société Coopérative à Intérêt Collectif vous connaissez? Si ce n'est pas le cas rassurez-vous, vous n'êtes pas les seuls. En effet ce statut n'a pas rencontré le succès escompté. Sept ans après la création de la première SCIC, une centaine d’entreprises existent seulement en France. Pourtant Guy Hascoët prévoyait l'émergence de deux milles SCIC dans les deux ans, après la création du statut : "nous avons déjà connaissance de 750 projets sur le territoire" déclare-t-il en 2001. Comment expliquer un tel renversement de situation? Qu'est-ce qui justifie un développement si faible de ce statut? C'est à partir de cette question qu'a débuté ma réflexion.
L’utilité sociale pour éclairer la face cachée de la valeur de l’économie sociale (par Maurice Parodi)
[Une version substantiellement remaniée de ce texte a été publiée dans le n°315 de la Recma]
Introduction
L’émergence de la notion d’utilité sociale dans le langage administratif est relativement récente. Les principaux textes législatifs ou réglementaires qui s’y réfèrent explicitement remontent à la fin des années 1990 ou tout au début des années 2000 (I1).
Réinventer le mutualisme en Colombie
Numero de revue : 315 Année de publication : 2010 Auteurs : Fabio Alberto Cortés Guavita
Après avoir restitué brièvement la genèse du mutualisme en Colombie (inspirations, poids dimension politique), l’auteur s’attarde sur les causes de l’atonie qui a caractérisé la mutualité colombienne au tout début du XXIe siècle. L’accès à la santé est largement compromis pour les classes populaires et le mouvement mutualiste colombien n’offre pas de solution. La démonstration met l’accent sur les dysfonctionnements internes du secteur : la corruption, les pratiques clientélistes et l’incompétence des dirigeants, auxquelles s’ajoutent une certaine paresse théorique et l’absence de référentiel identitaire. La confédération Colombiamutual a été créée en 2005 à Bogota dans le but de permettre à la mutualité de prendre un nouvel envol dans ce pays. La mutualité colombienne doit, selon l’auteur, s’investir davantage dans l’assurance maladie, qu’elle pourrait contribuer à généraliser à toutes les catégories socioprofessionnelles.
Séminaire du RIUESS, Marne-la-Vallée, 4-5 février 2010
Après dix ans de colloques du Réseau Inter-Universitaire de l’Économie Sociale et Solidaire et de multiples manifestations scientifiques, de nombreux thèmes ont été abordés et ont permis d'approfondir les divers enjeux, domaines et difficultés de l'ESS. En dépit d’une somme de recherches et publications consacrées à l’ESS, il n'existe pas d'accord, même en interne, sur ses contours et ses fondements, ce qui constitue une faiblesse scientifique indéniable vis-à-vis des théories ou analyses classiques. (English below)
