Les édito de Jean-François Draperi
Economie sociale et entrepreneuriat social
L’entrepreneur social fait irruption dans le(s) monde(s) de l’économie sociale et de l’économie solidaire. On ne peut que se féliciter qu’un nouvel acteur reprenne l’essentiel des valeurs de l'ESS et revendique cette filiation. C’est notamment au travail réalisé, dans l’ombre, depuis plus de trente ans par les acteurs de l’économie sociale que l’entrepreneuriat social doit une partie de son identité. Il ne faut toutefois pas se méprendre. Cette reconnaissance s’explique aussi et surtout par l’investissement de forces économiques, sociales et politiques nouvelles: des universités américaines et de grandes écoles, des entreprises multinationales, leurs fondations, de grands cabinets de consultants, des Etats se mobilisent pour le soutenir et répondre à la soif légitime de sens au travail revendiqué par la jeunesse et particulièrement par les élèves ayant suivi de longs cursus dans des écoles souvent prestigieuses. C’est la conjonction entre une bonne idée – celle de promouvoir une économie en vue de servir la société et non de verser des dividendes – et un ensemble d’acteurs économiquement et politiquement puissants qui explique l’ascension de l’entrepreneuriat social.
L’économie sociale n’est pas un ensemble d’entreprises
Ce numéro paraît pendant le Mois de l’économie sociale et solidaire, un mois qui prend une ampleur insoupçonnée : l’attente envers « l’économie qui sait où elle va » ne cesse de croître et l’on peut sans exagérer affirmer que cette attente dessine de façon croissante l’histoire contemporaine de l’économie sociale et solidaire. C’est donc sans doute l’heure de toutes les chances et de tous les dangers. L’attribution du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel à Elinor Ostrom pour ses travaux sur les « communs » est un témoignage insigne de l’actualité de l’économie sociale. E. Ostrom – première femme à obtenir cette distinction – a travaillé sur la propriété et la gouvernance collectives que constituent les biens communs. Ce prix intervient au moment où, partout dans le monde, des populations s’organisent pour récupérer des biens communs qui ont été aliénés (par exemple des sous-sols exploités par des multinationales).
Trois propositions pour une mutation économique et sociale
Nombreux sont celles et ceux qui se sont étonnés puis inquiétés de la discrétion de l’économie sociale au cours des derniers mois. De nombreux communiqués ont été adressés à la presse à l’initiative de fédérations coopératives, mutualistes ou associatives, chacune exprimant à sa façon et pour ce qui la concerne ses réflexions face à la crise financière. Plusieurs médias régionaux, quelques journaux nationaux ont réalisé des dossiers sur l’économie sociale. Cependant, il n’y a pas eu de parole forte de l’économie sociale, que ce soit à l’échelon français ou européen, exposant une position claire relativement à la crise. Cette retenue n’est pas nouvelle, mais elle contraste avec l’idée partagée par la grande majorité des acteurs de l’économie sociale selon laquelle, au-delà de ses conséquences désastreuses, la crise est sans doute une opportunité.
« Les adhérents d’une mutuelle ne sont bien assurés que s’ils sont bons assureurs* »
Le dossier que nous avons le plaisir de proposer dans ce numéro 312 porte sur les mutuelles en France. Les trois premiers articles qui le composent sont issus des travaux présentés au XXIIe congrès de l’Addes le 10 mars 2009.
Lire la Recma
Par son projet éditorial - étudier et comprendre les pratiques de l'économie sociale -, la Recma est une revue transdisciplinaire. Cette transdisciplinarité a pu être considérée comme une faiblesse, dans la mesure où la Recma n'est ni une revue d'économie, ni une revue de droit, ni une revue de gestion, ni une revue d'histoire, ni une revue de sociologie, etc. Cette transdisciplinarité nous apparaît plutôt comme une force, à la condition toutefois que la Recma attache son contenu à l'actualité des pratiques de l'économie sociale et solidaire.
Repenser l'économie
Ce numéro 310 paraît dans un contexte économique très particulier, marqué par une crise financière qui ébranle le bien-fondé du capitalisme patrimonial et met en lumière les dangers d’un retrait quasi total des Etats du champ de la régulation économique. Les économistes savent depuis plus d’un siècle ce que nie l’idéologie libérale : l’économie capitaliste ne s’autorégule pas. Cette crise montre par ailleurs la fragilité d’une économie mondialisée dont la plupart des filières sont en étroite interdépendance.
Associations et puissance publique : nouvelle donne
Un débat fondateur de l’économie sociale reprend actuellement une nouvelle vigueur : l’articulation entre l’indépendance des organisations et le besoin de financements. Le débat est particulièrement vif et complexe dans les organisations dont l’équilibre financier est lié à la puissance publique, c’est-à-dire une large partie du mouvement associatif.
Quand les valeurs sont bousculées
Ce numéro 308 de la Recma aborde sous des angles multiples la gouvernance des entreprises d’économie sociale. Quatre contributions présentées au colloque organisé par l’Istec (Ecole supérieure de commerce et de marketing), en collaboration avec l’Association internationale de management stratégique (AIMS), le Crédit mutuel et la Recma, se penchent sur des problèmes classiques de la gouvernance: la constitution d’un groupe hospitalier mutualiste qui adopte des stratégies de croissance externe, la gouvernance hybride – entre mutualisme et capitalisme – d’un groupe bancaire, la gestion du sociétariat dans une banque régionale, la relation entre efficacité économique et pratiques démocratiques. Ces contributions en sciences de gestion abordent des problématiques qui ne sont pas nécessairement spécifiques à l’économie sociale. Il n’en fallait pas moins pour évoquer les questions relativement nouvelles que les auteurs ambitionnent de traiter.
Les entreprises de l’économie sociale en question
Les articles qui composent ce numéro 305 de la Recma portent sur l’entreprise d’économie sociale. Nous publions d’abord deux textes complémentaires sur la création et l’expansion des entreprises sociales en France.
Thierry Sibieude s’intéresse à la création d’entreprise, vue sous l’angle des possibilités d’action des grandes entreprises d’économie sociale sur l’entrepreneuriat. Il souligne l’implication de certaines d’entre elles, qui réactualisent ainsi leur projet. Anne-Claire Pache et Géraldine Chalencon étudient l’expansion géographique des entreprises sociales, à partir d’une enquête menée auprès d’une vingtaine d’entre elles. Les modes d’expansion qu’elles définissent et leurs formes d’articulation revêtent un caractère heuristique remarquable.
