VIIIes rencontres du Riuess en Espagne, mai 2008

Economie sociale et solidaire, développement, mobilité et relocalisations : tel était le thème des VIIIes rencontres du Réseau inter-universitaire de l’économie sociale et solidaire (Riess), qui se sont tenues à Barcelone les 8 et 9 mai 2008. C’est avec ce thème que le travail entrepris depuis déjà huit ans a été poursuivi, dans la continuité et l’approfondissement.

 
Continuité dans la forme, d’abord, mêlant interventions d’acteurs et de chercheurs, communications magistrales et travail en atelier, réflexion sérieuse et humeur festive. Comme à Rennes l’an dernier, la réflexion a été entrecoupée par une visite de terrain. Continuité encore dans l’approche, puisqu’il s’est agi de confronter l’économie sociale et solidaire à une question qui la traverse et dont la mesure  n’est pas toujours prise. Le développement est en effet une notion polysémique, accaparée d’abord par les libéraux en l’assimilant à la croissance après s’en être servi dans une perspective évolutionniste. Toutefois, la notion est beaucoup plus riche, liée à l’individu dans sa dimension la plus humaine, retravaillée aujourd’hui en lien avec la durabilité, pouvant même faire lien entre le local et le global, les uns et les autres cherchant un développement harmonieux.
 
Ces multiples dimensions du développement, explicitées et complétées sur le plan mondial par la mobilité et la relocalisation, conduisent naturellement à réinterroger les prétentions de l’économie sociale et solidaire à constituer une alternative, fût-ce modestement, à l’économie capitaliste. Les domaines principalement approfondis ont été les questions migratoires, les relations de l’ESS à l’écologie, le développement local, la dimension financière du développement. Mais cette liste ne rend pas compte de la richesse du développement et, conséquemment, de l’étendue des questions abordées. Ainsi, si les migrations concernent évidemment les flux Sud-Nord ou Sud-Sud, elles sont aussi l’occasion de s’interroger sur les flux Nord-Nord, principalement de la ville aux champs. De même, l’étude du développement local requiert tout à la fois de cerner la place des acteurs politiques, les spécificités en termes de gouvernance, l’évaluation, la place des financeurs et particulièrement des banques coopératives. De nombreux domaines s’enrichissent en outre mutuellement, par exemple la question du développement local et des monnaies solidaires.
 
Cette continuité ne signifie toutefois pas ronronnement, pas même ceux d’un participant inattentif ou exténué. L’approfondissement s’est fait d’abord par le renouvellement des visites de terrain. Celles-ci constituent en effet, nous en avons eu confirmation, une occasion unique de confrontation entre chercheurs et acteurs. Pris dans les mailles de la recherche universitaire classique, les acteurs ne parviennent pas toujours à franchir avec succès la barrière de l’intervention, fût-ce en atelier. Au contraire, sur le terrain de l’entreprise, les informations délivrées sont naturellement beaucoup plus riches et le dialogue est beaucoup plus approfondi. Ces déplacements sont donc très heureux, également parce qu’ils permettent aux participants d’établir une cartographie de l’ESS en situant les expériences locales. Le changement a pris encore une autre figure cette année, puisque les rencontres se sont tenues à Barcelone. Cette localisation a fourni l’occasion aux participants de découvrir le paysage de l’ESS espagnole, et plus particulièrement catalane, en dehors du Pays basque et de Mondragon.
 
Des universitaires étrangers avaient déjà participé aux travaux du réseau, mais toujours de l’extérieur. La tenue du colloque annuel du Riess est donc tout à la fois le signe de sa vitalité et de son ouverture. La vitalité se mesure au nombre croissant de partenaires du Riess et de candidats à l’intégration. Son ouverture est attestée par les lieux toujours renouvelés de sa tenue (Roanne en 2009) et sa dimension européenne ne se démentira pas avec la perspective du dixième anniversaire, à nouveau en dehors des frontières de l’Hexagone, cette fois plus au nord.
 

David Hiez