Une première coopérative européenne de finance citoyenne

En juin 2013, six coopératives issues de 4 pays de l'Union européenne vont utiliser pour la première fois le nouveau statut de Société Coopérative Européenne (SCE) pour créer la première Coopérative Européenne de Finance Citoyenne. Un article de Jean-­Marc LECULIER dans la 11e lettre ESS du PS.

Aujourd’hui en Europe, face à des intérêts privés tendant souvent à une destruction progressive de notre environnement, des liens sociaux, voir des entreprises, nous assistons à l’émergence d’initiatives citoyennes qui souhaitent promouvoir un développement local et durable. Face à la crise du logement et à la spéculation sur le marché immobilier, des habitants s’unissent pour se réapproprier collectivement leur lieu de vie. Face à la spéculation sur le foncier agricole, au développement d’une agriculture intensive et destructive des ressources naturelles, des consommateurs s’unissent pour promouvoir une agriculture biologique et locale. Face aux dégâts environnementaux causés par les énergies fossiles et aux risques du nucléaire, des citoyens s’unissent pour investir et développer des sites décentralisés de production d’énergie renouvelable.

Promouvoir le développement et l’essaimage des initiatives citoyennes au niveau européen

Après plusieurs années de réflexions et de discussions, six coopératives de finance solidaire issues de 4 pays européens ont décidé de s’unir pour créer une Coopérative Européenne de Finance Citoyenne, afin de promouvoir non seulement le développement de ces initiatives mais aussi leur mise en réseau et leur essaimage d’un pays à l’autre. Les initiateurs du projet sont la Cfé et la Nef (deux coopératives françaises dédiées à la finance solidaire), Crédal et Hefboom (deux coopératives belges finançant des projets sociaux), Fiare (fondation espagnole promouvant l’épargne et l’investissement responsables, qui développe une activité de banque solidaire avec le soutien de Banca Popolare Etica) et OekoGeno (coopérative allemande d’investissement spécialisée dans les énergies renouvelables). Ce projet est également soutenu et financé par la Commission européenne.

La Société Coopérative Européenne (SCE) disposera d’un Comité d’investissement regroupant des représentants du conseil d’administration et des coopératives fondatrices, des experts du capital-­‐ investissements, ainsi que des partenaires locaux. Afin d’associer les citoyens et les réseaux de manière active, la SCE s’appuiera également sur un Conseil européen des Citoyens, dont l’avis sera consultatif.

Le rôle de la coopérative sera d’apporter aux structures en phase de développement des financements en fonds propres de différentes natures (participation minoritaire en capital, compte courant d’associés, obligations ou prêts subordonnés), mais également un accompagnement adapté (conseils, mise en réseaux et échanges de bonnes pratiques…). La SCE prévoit de financer 10 projets annuellement, à hauteur de 300 000 euros maximum, sur une durée de 3 à 7 ans.

Une Europe des citoyens européens, innovante, écologique, sociale et participative est possible.

La SCE ciblera des projets associant à leur gouvernance des citoyens s’y engageant sous diverses formes (financement, bénévolat…) et mettant en place une gestion alternative des biens communs respectueuse de l’homme et de l’environnement. Afin de favoriser le développement local, une des missions importantes de la coopérative européenne sera de faciliter la co-­‐construction et les partenariats entre société civile et collectivités publiques (co-­‐ investissements, garantie, bonification des taux…). Le choix des investissements de la Coopérative Européenne de Finance Citoyenne sera réalisé selon le principe de subsidiarité. L’objectif de la coopérative n’est pas de se substituer aux acteurs locaux et aux réseaux sectoriels émergents mais bien de leur offrir un relais financier et, éventuellement, de les accompagner dans leur gestion et leur développement au niveau européen.

Pour ses promoteurs, la première Coopérative Européenne de Finance Citoyenne doit permettre de faire vivre le rêve de solidarité entre les peuples européens en prouvant, de manière expérimentale et concrète, qu’une Europe des citoyens européens, innovante, écologique, sociale et participative, est possible. L’investissement des citoyens et la circulation de ce capital entre différents pays européens permettront non seulement de favoriser l’émergence d’initiatives citoyennes, fortement ancrées sur les territoires, mais aussi de concrétiser une forme nouvelle de solidarité entre les différents peuples européens.


 

Lire : 

De la Nef (Nouvelle économie fraternelle) à la BEE (Banque éthique européenne), esquisse et enjeux d’une trajectoire" Béatrice Chauvin, Ariel Mendez et Nadine Richez-Battesti, Recma °318, 2010