Un séminaire sur la dynamique associative en Kabylie

Toute la Recma

  • 2010
    • 2018
    • 2017
    • 2016
    • 2015
    • 2014
    • 2013
    • 2012
    • 2011
    • 2010
  • 2000
    • 2009
    • 2008
    • 2007
    • 2006
    • 2005
    • 2004
    • 2003
    • 2002
    • 2001
    • 2000
  • 1990
    • 1999
    • 1998
    • 1997
    • 1996
    • 1995
    • 1994
    • 1993
    • 1992
    • 1991
    • 1990
  • 1980
    • 1989
    • 1988
    • 1987
    • 1986
    • 1985
    • 1984
    • 1983
    • 1982
    • 1981
    • 1980
  • 1970
    • 1979
    • 1978
    • 1977
    • 1976
    • 1975
    • 1974
    • 1973
    • 1972
    • 1971
    • 1970
  • 1960
    • 1969
    • 1968
    • 1967
    • 1966
    • 1965
    • 1964
    • 1963
    • 1962
    • 1961
    • 1960
  • 1950
    • 1959
    • 1958
    • 1957
    • 1956
    • 1955
    • 1954
    • 1953
    • 1952
    • 1951
    • 1950
  • 1940
    • 1949
    • 1948
    • 1947
    • 1946
    • 1945
    • 1944
    • 1943
    • 1942
    • 1941
    • 1940
  • 1930
    • 1939
    • 1938
    • 1937
    • 1936
    • 1935
    • 1934
    • 1933
    • 1932
    • 1931
    • 1930
  • 1920
    • 1929
    • 1928
    • 1927
    • 1926
    • 1925
    • 1924
    • 1923
    • 1922
    • 1921
    • 1920

Lancé en 2015, le séminaire permanent Belkacem Krim est le lieu de rencontre annuel des chercheurs et des acteurs de l’économie solidaire en Kabylie (Algérie). L’édition 2018 s’est tenue les 6 et 7 avril à Yakourène et Iguersafène sur le thème : « Le territoire de Tizi-Ouzou, pour une réelle dynamique associative. Don, réciprocité, démocratie et solidarité créative ». Elle a réuni 11 universitaires, 54 associations participant aux ateliers et 35 exposants de produits du terroir (Le consulat n’a pas accordé de visa aux universitaires français invités à ce colloque. Aucune justification de ce refus n’a été produite par l’administration algérienne.). Pour qui s’intéresse à l’anthropologie économique, la rencontre avec les villages kabyles est presque inévitable (J. Prades). La Kabylie présente en effet les deux caractères des territoires de référence de l’anthropologie : une forme de résistance au système englobant et l’expérimentation de formes socio-économiques novatrices. On comprend alors qu’il ne faut pas étudier la spécificité kabyle à partir d’un point de vue global occidental, mais examiner la particularité occidentale à la lumière de la diversité des sociétés locales. En 1958, Pierre Bourdieu avait offert de belles pages sur une anthropologie de la Kabylie (Pierre Bourdieu, Sociologie de l’Algérie, PUF, « Que sais-je ? », 1958.) , ouvrant une voie sur un chemin qu’il délaissa par la suite. C’est peut-être cette veine qui a conduit les acteurs associatifs et scientifiques à prendre part à ce colloque, réunis autour d’un projet original (M.-A. Zoreli) dans la mesure où il ne s’inscrit pas dans une logique élitiste ou électoraliste.
Cette initiative émane d’acteurs associatifs de plusieurs localités, qui s’associent pour un événement culturel et scientifique commun. L’objectif est de construire une république coopérativiste et convivialiste qui pourrait signer le début d’une période d’innovations sociales s’appuyant sur des traditions et des patrimoines anciens. En effet, dans le passé, la solidarité en Kabylie présentait plusieurs dimensions : le travail d’éducation des enfants à l’union fraternelle ; les multiples formes de solidarité féminine ; l’entraide masculine pour la collecte des olives, le placement des toitures de maisons ou les secours mutuels ; les solidarités villageoises, avec les travaux d’entretien des cimetières, de construction et de nettoyage des fontaines, d’aménagement des routes et ruelles, etc. ; et enfin les solidarités intervillages pour l’organisation et la sécurisation des souks, la dotation en ressources des zaouïas (édifices religieux) et la défense des intérêts communs contre les ennemis externes. Toutes ces pratiques anciennes, qui visaient un seul objectif : une autogestion solidaire, peuvent s’incarner dans une problématique nouvelle. En témoignent les dynamiques villageoises actuelles pour la prise en charge de la gestion quotidienne des déchets et de l’eau potable, l’organisation de fête et de festivals pour promouvoir les produits du terroir et les initiatives de développement durable.

Un cadre légal contraignant
Mais comment faire évoluer ces dynamiques vers ce qu’il est convenu d’appeler en France l’économie sociale et solidaire (ESS), tout en préservant leur singularité ? Telle était la question au centre des débats. La dynamique associative est encadrée en Kabylie par toute une série de lois mais aussi d’obstacles (S. Kara). La loi 12-06, en vigueur depuis 2013, freine plus qu’elle n’aide l’action associative. Le premier facteur de blocage est lié au fait qu’à partir du début des années 1990 les comités de village traditionnels ont été contraints de se formaliser pour pouvoir réaliser des activités et bénéficier de subventions publiques. De fait, nombre de comités de villages ont préféré ne pas s’inscrire dans une démarche formelle. Le deuxième obstacle est de nature intergénérationnelle, entre les anciens, attachés au mode traditionnel, et la nouvelle génération, qui souhaite lerenouvellement des pratiques. Le troisième écueil est lié aux blocages administratifs, qui freinent toutes les innovations sociales. La question de la propriété est essentielle dans les villages kabyles (M. Bakli). Concernant la transmission de la propriété foncière, on observe un enchevêtrement de lois coutumières héritées des ancêtres, de réglementations relevant du régime capitaliste, héritées de la colonisation, et de lois religieuses introduites par les gouvernants de la période post-indépendance. Près d’un tiers des terres villageoises sont cadastrées et près des trois quarts des conflits en justice entre villageois sont liés au foncier. Il est donc urgent de trouver une solution juridique qui puisse permettre aux villageois de récupérer leurs terres. Du fait du déplacement des populations vers les grands centres urbains, les villages tendent à devenir des espaces résidentiels plutôt que des lieux de vie (A. Moussouni). Ce phénomène, conjugué à la dégradation de l’environnement et aux incendies de forêts, a provoqué la dévitalisation des territoires ruraux, en l’absence d’un programme public cohérent de développement rural. Les fêtes et festivals de Kabylie ne sont-ils pasporteurs de dynamique structurante ? (M.-A. Zoreli). Des études montrent qu’ils permettent la perpétuation de patrimoines et de productions locales (poterie, bijoux, robes, etc.), la transformation des villages organisateurs par des travaux d’aménagement et le développement de l’image des territoires et de leurs produits (le burnous fabriqué dans le village d’Houra est de plus en plus connu en Europe, par exemple). Ces festivals ont permis d’engager des innovations sociales (labellisation des produits locaux et transformation de produits agricoles) et de susciter des projets d’avenir (constitution de coopératives) et d’émancipation des femmes (ainsi, la fête du tapis d’At Hichem est organisée par l’association des femmes tisseuses de ce village).
Divers projets ont été présentés dans le cadre des ateliers : forêt-école (R. Belmelat), recyclerie (O. Ouled-Braham), maison d’orphelins (B. Agoune), tri sélectif et compostage de déchets (Z. Raab), tourisme solidaire (S. Kessal). Les échanges ont fait ressortir un certain nombre d’obstacles à prendre en compte, tant internes (difficultés de communication au sein des villages, manque de coordination des acteurs associatifs, faible recours aux partenariats avec des associations et ONG étrangères, absence d’un système d’information) qu’externes (absence de cadre juridique et de reconnaissance officielle pour la finance solidaire, le commerce équitable et les coopératives, absence de structures de soutien, blocages administratifs et contraintes juridiques).
Deux propositions ont émergé des débats :
- La création d’un réseau d’associations villageoises, avec la définition d’une charte commune. Des rencontres périodiques entre acteurs associatifs permettraient des apprentissages collectifs par échanges d’expériences.
- Une organisation du tourisme solidaire : identification de sites à visiter, développement de l’hébergement chez l’habitant, formation de guides et classement des maisons anciennes au patrimoine pour pouvoir les restaurer dans le cadre de programmes de partenariat.

Jacques Prades et Mohamed-Amokrane Zoreli