Le Sommet international des coopératives de Québec : entre affirmation du pouvoir des coopératives et questions d’avenir

Québec a accueilli pour la troisième fois les coopérateurs du monde entier à l’occasion du Sommet international des coopératives qui s’est déroulé du 11 au 13 octobre 2016 au  entre des congrès de la ville. Cette manifestation internationale est devenue un rendez-vous fédérateur incontournable pour les coopératives et les mutuelles, qui ont répondu présentes en grand nombre.

Ainsi, 2 950 participants de 116 pays et les 235 ­conférenciers ont pu échanger sur leurs bonnes pratiques et discuter des actions à mettre en place pour favoriser l’essor du mouvement coopératif. A cet effet, de très nombreux ateliers ponctuaient le sommet, permettant l’expression de tous les participants.
Ce sommet a affirmé avec force et fierté la puissance du modèle porté par les coopératives et les mutuelles, qui regroupent 1,3 milliard de membres et 2,6 millions d’entreprises de tous les secteurs – banque, éducation, agriculture, distribution, etc. – soit près de 15 % de l ­ ’économie mondiale.

Le thème de cette année, « le pouvoir d’agir des coopératives », faisait écho à « l’Agir » des coopératives pour mettre en lumière un modèle économique reposant sur des valeurs humanistes : être au service des membres et non à celui du capital.

De Joseph Stiglitz à Navi Radjou
L’engouement suscité par le mouvement coopératif a été visible à travers la qualité des conférenciers, parmi lesquels on trouvait le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, l’essayiste de prospective Jeremy Rifkin, le leader d’opinion Robert Reich, le fondateur et directeur principal de la société FSG Mark Kramer ou encore le conseiller international en innovation Navi Radjou. Rythmant les temps forts de ces journées, la présentation de différentes études internationales a révélé la diversité des actions menées par les coopératives, et leur dynamisme. Ainsi, le rapport du World Co-operative Monitor de 2016 (Monitor.coop), qui est l’Observatoire mondial des coopératives, publié conjointement par l’Alliance coopérative internationale et Euricse, a souligné que les 300 plus grandes coopératives avaient augmenté leur chiffre d’affaires de 7 % en un an, pour atteindre 2 500 milliards de dollars américains en 2014. Selon ces chiffres, la France fait partie des pays leaders, avec une présence coopérative affirmée dans la banque, l’agriculture, le commerce, et compte quatre coopératives dans le top 10 mondial : le groupe Crédit Agricole (1 er ), le groupe BPCE (3 e ), Acdelec-E. Leclerc (7 e ) et le groupe Crédit mutuel (8 e ).

L’originalité de ce Sommet international
2016 est d’avoir su proposer un éclairage parti­culier sur le rôle grandissant des femmes au sein des entreprises coopératives, où elles sont mieux représentées qu’ailleurs, et d’avoir poursuivi la réflexion sur les différents modèles d’affaires susceptibles de pérenniser les entreprises coopératives et les mutuelles. Les présentations de travaux scientifiques ont d’ailleurs pu donner lieu à un jour et demi de débats. Pour de nombreux conférenciers, le véritable pouvoir des coopératives réside dans leur vision à long terme, leur esprit collaboratif et un succès économique tenant compte des dimensions sociales et environnementales. Trois facteurs essentiels pour modeler l’économie de demain.

Cette édition s’est enfin conclue sur une déclaration préliminaire du sommet, rédigée pour souligner la détermination du mouvement coopératif mondial à s’inscrire et à contribuer significativement aux objectifs de développement durable énoncés par l’ONU pour l ­ ’horizon 2030. Ainsi, le sommet de Québec n’est pas seulement un moment symbolique pour les coopératives à l’échelle internationale, il a aussi pour vocation de
fédérer et de promouvoir le modèle coopératif dans sa diversité, sa richesse et ses multiples actions au service des membres.
La prise de conscience de la force du pouvoir coopératif et l’analyse sans concession de ses atouts et de ses points d’amélioration possible restent indispensables pour relever les défis que sont le changement climatique, la sécurité alimentaire, ou encore l’éducation et la démocratie en ces temps de guerre et d’insécurité. En effet, le modèle coopératif doit conforter ses atouts au service de ses membres pour garder une écoute attentive et proposer des réponses efficaces à leurs besoins toujours croissants. La contribution des coopératives et des mutuelles à la plateforme « Objectif 2030 » sera un moyen d’évaluer leur action concrète et leur contribution tant au niveau local qu’au niveau international.

Maryline Filippi

Pour en savoir plus : Sommetinter.coop.