La mutualité dans la tourmente sanitaire

Dès les premières annonces d’Emmanuel Macron relatives à la crise du Covid-19, Thierry Beaudet, président du Groupe VYV et de la Mutualité française, a appelé à un ralliement de tous les mutualistes – militants, adhérents et salariés – aux mesures préconisées par les pouvoirs publics. Les consignes spécifiques du ministère des Solidarités et de la Santé ont été relayées auprès des 2 800 établissements et services de soins, en particulier les structures et services accueillant des personnes âgées (221 Ehpad mutualistes) ou en situation de handicap, afin de les tenir informées sur l’évolution de la situation et les conduites à tenir.
Sans doute cette crise aura-t-elle des répercussions financières sérieuses pour les organismes complémentaires mutualistes, qui prennent partiellement en charge le coût financier des consultations, hospitalisations et arrêts de travail. Il conviendra d’en faire le bilan dans quelques mois. La référence à la pandémie de grippe espagnole (1918-1919) étant récurrente, rappelons que celle-ci avait considérablement affecté les budgets mutualistes, davantage même que les mesures de solidarité exceptionnelles appliquées pendant la Première Guerre mondiale.
La situation actuelle n’est cependant pas comparable avec celle de la grippe espagnole, où seules les sociétés de secours mutuels assuraient leurs adhérents contre le risque maladie. Or, en raison du caractère facultatif de l’adhésion mutualiste, le nombre total des adhérents n’excédait pas, alors, 15 % de la population française. Cet épisode dramatique, qui a causé en France quelque 240 000 morts, n’a pas manqué de peser ensuite dans le ralliement de l’institution mutualiste à l’idée d’un régime obligatoire d’assurances sociales qui a fini par voir le jour en 1930.
Ce premier dispositif d’assurances sociales pour les travailleurs salariés du secteur privé, complété par l’action mutualiste, a permis de tempérer les effets sociaux et sanitaires de la crise économique des années 1930, puis de la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à la mise en place de la Sécurité sociale.
Il reste à espérer qu’un siècle après la grippe espagnole les pouvoirs publics tireront de la pandémie du Covid-19 la leçon de la nécessité d’accorder tous les moyens nécessaires à un bon fonctionnement du système de santé public. Quant à la déclaration présidentielle sur le fait que « la santé n’a pas de prix », dont on attend l’illustration par des mesures concrètes,elle résonne comme une antienne depuis trois décennies dans les mutuelles soumises à des réglementations qui nient les spécificités solidaires au nom de la loi du marché.