La coopération agricole mobilisée par la sécurité alimentaire mais aussi la transition agroécologique

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La pandémie de Covid-19, en déclenchant une crise sanitaire inédite, a rappelé que la réponse au besoin vital de s’alimenter et de s’approvisionner n’allait pas forcément de soi. Les 2300 coopératives agricoles françaises, qui génèrent 85,4 milliards d’euros de chiffres d’affaire (donnée 2019) et comptent 190 000 salariés (filiales incluses), se sont très vite mobilisées pour assurer le maintien de la chaîne alimentaire, aussi bien en circuits courts qu’en grande distribution. Il a tout d’abord fallu répondre à la hausse brutale de la demande des deux premières semaines, liée à la frénésie de stockage de certains consommateurs mais aussi à la prise des repas à domicile plutôt qu’à la cantine ou au restaurant, du fait du confinement. Très vite, les coopératives ont dû revoir leur organisation : télétravail, adaptation des postes de travail afin de respecter les mesures barrières, segmentation des tâches pour que les équipes ne se croisent pas. Beaucoup de coopératives ont également réorganisé leur mode de production, par exemple la farine a été conditionnée en sachets de 1 kg répondant aux besoins des ménages alors qu’elle était initialement livrée en gros volumes pour les cantines collectives ou d’autres industriels.
La coopération agricole a ainsi fait face à deux enjeux majeurs : la sécurité des salariés et la disponibilité de la main-d’œuvre (l’absentéisme a finalement été limité à 10 % des effectifs, même si des niveaux plus élevés ont pu être observés dans les régions les plus touchées par le coronavirus), d’une part, et la logistique (continuité du transport routier et impact du surcoût), d’autre part. Grâce à cette mobilisation, conjuguée à celle d’autres acteurs, la chaîne alimentaire a tenu bon, montrant le rôle essentiel des coopératives en matière de sécurisation des approvisionnements, notamment sur les filières et activités agricoles sensibles (collecte du lait pour la consommation directe mais aussi des produits dérivés nécessaires dans les mois à venir, moissons, etc.), ainsi que leur attention au long terme qui va à l’encontre de la spéculation sur les matières premières agricoles.
Cette mobilisation a également concerné l’organisation professionnelle La Coopération agricole qui représente l’ensemble des coopératives agricoles françaises. Celle-ci a basculé en télétravail et a mis en place une cellule de crise pour assurer la remontée d’information du réseau et le lien avec les pouvoirs publics. Les premières semaines de crise, des points quotidiens avaient lieu avec le gouvernement et les autres acteurs du secteur.

Les coopératives solidaires sur leur territoire
De nombreux exemples d’actions de solidarité ont pu être observés grâce à cette veille dans les territoires ruraux. Les coopératives agricoles ont d’emblée été attentives à la qualité de l’accueil des chauffeurs routiers, confrontés à la fermeture des restaurants et de nombreuses stations-service : en témoignent par exemple l’ouverture de points d’accueil par Axéréal sur ses différents sites ou les actions mises en place par Dijon Céréales. Cette solidarité s’est aussi adressée en priorité aux personnels soignants, via des dons de produits agricoles : 8 000 barquettes de fraises ont été distribuées aux hôpitaux du Lot-et-Garonne par Rougeline ; 20 tonnes de marchandises ont été offertes par les Maîtres laitiers du Cotentin ; et Jacquet-Brossard (Limagrain) est partenaire des hôpitaux dans toute la France.
Les soignants ont également bénéficié de dons de masques chirurgicaux ou FFP2, habituellement utilisés lors de l’application de produits phytosanitaires, et d’équipements de protection individuels tels que blouses et gants employés au champ ou dans les bâtiments d’élevage. Cristal Union a ainsi fait don de 4 000 masques chirurgicaux, Noriap en a offert 2 000 au CHU d’Amiens, Saveol a donné 2 000 blouses aux infirmières du Finistère, Océalia 1 000 masques et 150 blouses à l’ARS Nouvelle-Aquitaine, etc. Le gel hydroalcoolique est devenu en quelques jours un produit de première nécessité. Ce produit est composé à plus de 80 % d’alcool (complété par de l’eau oxygénée et du glycérol), ingrédient qui peut être obtenu à partir de betteraves ou de céréales. Plusieurs coopératives de sucre et de spiritueux ont massivement réorienté leur production d’alcool vers la fabrication de gel hydroalcoolique : c’est le cas des deux grands sucriers Tereos et Cristal Union, tout comme NatUp ou Ard, filiale de Vivescia. Autres exemples : la distillerie Jean Goyard, qui a fourni de l’alcool aux pharmacies et aux hôpitaux, ou encore Vinovalie et GachesChimie, qui ont reconditionné du gel hydroalcoolique dans des poches de cinq litres initialement utilisées pour leurs vins en BIB (bag-in-box, ou poche souple et hermétique de matière plastique, recouverte d’un carton et muni d’un robinet). La production de gel hydroalcoolique a été multipliée par dix en France pendant cette période.

Construire l’avenir de l’agriculture
La filière alimentaire a tenu bon, mais le desserrement du confinement ne réglera pas les difficultés qu’ont connu plusieurs filières pendant la phase de confinement : vin, horticulture, viande, fruits et légumes, produits laitiers AOP. Ancrées dans leur territoire et au cœur des filières alimentaires, les coopératives agricoles ont en quelque sorte exercé une mission de service public, mais sans accompagnement économique spécifique. Il existe un risque réel de fragilisation d’un certain nombre d’entre elles qui n’auront pas d’autre alternative que la cessation de leurs activités.
A ces questions s’ajoute celle de la transition post-crise. Après avoir présenté une plateforme de « mesures d’urgence » en mai, La Coopération Agricole a identifié 4 axes stratégiques (alimentation saine et durable ; transition agroécologique ; financement structurel des opérateurs ; reconquête des marchés internationaux) qu’elle propose d’inscrire dans le futur plan de relance du gouvernement français pour l’après-crise du Covid-19, ainsi que dans les positions que la France portera auprès de l’Union européenne dans le cadre de la Politique agricole commune (Pac) et du Green Deal. Ces propositions visent à bâtir une « souveraineté alimentaire agroécologique » de la France, tout comme de l’UE, pour le XXIe siècle.
Il faut espérer qu’elles soient entendues, retenues. En effet, si la France doit retrouver de l’autonomie alimentaire, comme l’a demandé le président de la République, il faut commencer à bâtir une stratégie de reconquête des marchés. Et pour être indépendants, il faut aussi disposer d’entreprises résilientes et inscrites sur les territoires et le temps long, capables de traverser les crises...

Barbara MAUVILAIN