Dieu n’est pas un paysan

Mamadou Cissokho, 2009, Présence Africaine, Paris, 295 p.

« Dieu n’est pas un paysan. [...] Nous savons que l’Homme est le remède de l’Homme, ceci par la grâce de Dieu. » (Pacte de solidarité et d’entraide de l’Entente de Bamba Thialène en 1977, p. 257). Mamadou Cissokho rapporte dans ce livre autobiographique l’itinéraire d’un ancien instituteur sénégalais devenu l’une des figures emblématiques du mouvement paysan ouest-africain. Ancien Président de la Fédération des ONG sénégalaises (FONGS) et du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR), du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), il est maintenant engagé dans la construction d’une plateforme panafricaine des paysans et producteurs d’Afrique.

Derrière ce témoignage personnel, c’est la longue marche des organisations paysannes du Sénégal qui est revisitée, depuis les initiatives locales pour lutter contre la sécheresse au Sahel dans les années 70, les tentatives plus ou moins heureuses d’investir l’économique au moment de l’ajustement structurel et du retrait de l’Etat de l’encadrement des campagnes, la fédération progressive des initiatives au niveau national avant d’interpeller l’Etat puis de construire un dialogue plus ou moins fructueux sur les politiques agricoles.

Au-delà de tout fatalisme, c’est aussi la réaffirmation d’un engagement associatif et militant pour refonder la ruralité et la souveraineté alimentaire en Afrique par la défense des exploitations familiales, construire un dialogue équilibré avec les partenaires de la coopération internationale et porter le débat au niveau de l’intégration régionale comme espace historique, culturel, mais aussi à protéger face aux pressions du commerce mondial sous ses différentes formes (accords de partenariats économiques promus par l’Union européenne).


François Doligez, IRAM-Université de Rennes 1