Des journées d’étude sur l’histoire de la coopération

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Alors que l’économie sociale et solidaire est l’objet d’une attention croissante des pouvoirs publics et d’une partie de l’opinion publique, une équipe de chercheurs du Centre Georges Chevrier de l’université de Bourgogne (Dijon) propose trois journées d’études intitulées « Histoire de la coopé­ration : expériences et pratiques ». Ces journées prolongent un travail antérieur consacré aux formes historiques de l’alimentation ouvrière et participent d’un chantier plus vaste consacré à l’histoire des ouvriers et des mondes du travail mené au sein du centre Georges Chevrier de l’université de Bourgogne. Elles viennent ponctuer plusieurs années de séminaires exploratoires consacrés à l’histoire de la coopération, animés par Alexia Blin, Stéphane Gacon, François Jarrige et Xavier Vigna, et qui ont réuni des chercheurs d’horizons variés intéressés à l’étude du mouvement coopératif et de ses pratiques.

La dimension sociale de la coopération
Les coopératives se présentent souvent comme des formes économiques et sociales alternatives. Sans cesse instrumentalisées et de formes très variables, elles regroupent aujourd’hui des organisations extrêmement diverses dont la structuration est souvent d’une grande complexité. Au delà de l’étude des entreprises et des organisations fédératives, le projet de ces journées d’étude est d’éclairer les pratiques ordinaires des sociétaires et des coopérateurs, c’est-à-dire sur la dimension sociale de la coopération. Les coopératives naissent et meurent. Aborder la trivialité de la vie quotidienne en coopérative implique de s’interroger sur les logiques de fonctionnement d’un groupe qui se fixe un horizon d’attente élevé, de sonder les logiques démocratiques et hiérarchiques, la nature des échanges et les mécanismes de la décision. Une coopérative est une communauté humaine qui repose sur le principe de confiance et fonctionne comme toutes les autres avec ses facteurs de cohésion et de dissolution internes. Elle est confrontée à des forces extérieures attisant les tensions  internes : les logiques économiques –les règles de l’économie de marché avec la concurrence, le rôle du capitalisme financier, les grandes crises cycliques, la nécessité d’une efficacité et donc d’une gestion fine, etc. –, politiques et sociales – le poids du libéralisme ou de l’étatisme, selon les États et les périodes, qui contraignent les associations – , le poids de l’idéologie dominante. Il s’agit donc de s’intéresser au travail quotidien des coopérateurs, à la manière dont ils affrontent les aléas de la vie communautaire, à la manière dont l’idéal est confronté à la réalité, amendé, édulcoré, pour que la coopérative tienne, ou pas. Au-delà de la thèse d’une inéluctable « dégénérescence » des coopératives, condamnées par la pression du marché ou de l’État à perdre leur dimension alternative, l’approche par les pratiques et le fonctionnement quotidien permettrait d’observer finement la manière dont les coopérateurs ont pu gérer ces différentes contraintes, faire des arbitrages et des compromis, et conserver certaines spécificités.

Une perspective comparatiste transnationale
L’ambition est, de ce point de vue, de comparer les expériences coopératives dans le temps et l’espace, et de traquer la circulation des modèles à l’échelle globale afin d’élaborer des typologies et des périodisations fines de l’évolution de ces formes d’organisations. Compte tenu du sujet, c’est-à-dire de la nature internationale de la coopération, de la circulation des hommes et des expériences, il semble indispensable d’inscrire la réflexion dans une perspective comparée et transnationale. Ce qui se passe au Royaume-Uni, enBelgique, en Suisse, au Québec, en Italie est déjà assez bien étudié. Mais les expériences coopératives hors de l’Europe et de l’Amérique du Nord sont nombreuses et il serait intéressant de réfléchir à la coopération en situation coloniale, postcoloniale et dans le contexte des économies émergentes, à leur rôle et aux diverses instrumentalisations dont elles font l’objet.
Le retour en grâce récent et la promotion contemporaine du modèle coopératif reste incertain, tiraillé entre plusieurs enjeux et plusieurs modèles que son inscription dans l’histoire devrait permettre d’éclairer. Il est tentant de lier l’association de production ou de consommation à la crise, mais ce lien reste à étayer et à approfondir. Dans un certain nombre de cas, dans les années 1900 comme aujourd’hui, la coopération  a été encouragée par les pouvoirs publics dans une logique de  paix sociale ou de désengagement de l’État, ce qui plaide en faveur d’une explication multifactorielle des rythmes et des modes de coopération.

La première journée d’études, qui se tiendra à Dijon, à l’université de Bourgogne, le 19 octobre 2017, s’intitulera « Travailler en coopérative ». Elle s’intéressera à l’expérience concrète de la vie coopérative, aux modalités particulières du travail en coopératives et de la gestion de ce type d’entreprises.
L’organisation de ces structures de production et de service et l’organisation du travail en leur sein, les rapports sociaux au travail et l’autonomie des acteurs-actrices peuvent-ils être foncièrement différents dans les coopératives ? Jusqu’à quel point les expériences coopératives s’accompagnent-elles d’une forme de professionnalisation de la gestion d’entreprise ? Comment s’agencent les relations hiérarchiques dans ces organisations ? Comment est-il décrit/pensé, et quelles différences observe-t-on entre les discours proclamés et les pratiques observées ?

Après Dijon, Paris et Saint-Claude
La seconde journée se tiendra à l’EHESS le 8 février 2018 à Paris et portera sur « l’échec et la pérennisation des expériences coopératives ». Elle tentera d’interroger les réussites mais aussi les échecs des expériences coopératives et leur rôle dans l’histoire et la mise en récit de ces expériences économiques et sociales. Les échecs sont généralement attribués au délitement des enthousiasmes militants et à la concurrence des entreprises capitalistes décrites comme plus efficaces et compétitives. Jusqu’à quel point ces explications sont-elles suffisantes ? Qu’en est-il du manque d’expérience (et de connaissances) économiques ou gestionnaires des coopérateurs souvent présentés comme une cause majeure de l’échec ? N’est-ce pas une manière d’escamoter d’autres raisons, soit un manque de cohésion interne, soit un environnement hostile, la coalition des capitalistes contre l’entreprise par exemple ? Comment les acteurs tentent-ils de conjurer l’échec ?

La dernière journée aura lieu les 24 et 25 mai 2018 à La Maison du peuple à Saint-Claude (Jura) sur le thème « Coopératives et modernisation ». Elle vise à penser l’expérience coopérative à partir des singularités de son environnement organisationnel, matériel et technique. Les expériences coopératives participent-elles des dynamiques de modernisation, inaugurent-elles des moderni-tés alternatives à celles du capitalisme libéral ? S’agit-il d’organisations productives et commerciales adoptant les mêmes méthodes, outils de gestion et de production, que les entreprises classiques ? La coopérative est-elle un moyen de moderniser ou un outil pour résister à des dynamiques de déqualification associées aux trajectoires successives de mécanisation et d’automatisation du travail ouvrier et paysan ?

Alexia Blin, Stéphane Gacon, François Jarrige, Xavier Vigna
Pour connaître le programme définitif ou vous informer : cgc-cooperation@u-bourgogne.fr